ESS : tout comprendre à l'économie sociale et solidaire

🤝 L'économie sociale et solidaire (ESS) regroupe en France près de 2,5 millions d'emplois, soit 14 % de l'emploi privé. Coopératives, associations, mutuelles, fondations : ce sont des entreprises qui produisent et qui vendent, mais selon un autre modèle. Ce dossier explique ce qu'elle est, comment elle marche, et comment s'y impliquer.

🌱 À retenir

L'ESS est définie par la loi du 31 juillet 2014 (loi Hamon). Elle repose sur 4 principes : finalité sociale avant le profit, gouvernance démocratique (une personne = une voix), lucrativité limitée (réinvestissement majoritaire des bénéfices), réserves impartageables. Quatre statuts historiques : associations, coopératives, mutuelles, fondations. Plus récemment, les entreprises commerciales d'utilité sociale (ESUS) y sont rattachées.

🌍 Qu'est-ce que l'ESS ?

L'économie sociale et solidaire, c'est une famille d'entreprises et d'organisations qui agissent dans l'économie réelle (elles produisent des biens ou des services, elles emploient des personnes, elles génèrent du chiffre d'affaires) mais qui le font selon un autre modèle que l'entreprise classique privée à but lucratif. La différence n'est pas dans ce qu'elles font, mais dans la manière dont elles le font et dans la finalité qu'elles poursuivent.

La loi du 31 juillet 2014 (dite « loi Hamon », du nom de Benoît Hamon alors ministre délégué à l'Économie sociale) a posé une définition légale en France. Pour appartenir à l'ESS, une structure doit respecter quatre principes cumulatifs :

Concrètement, ça veut dire qu'une coopérative ouvrière, une association de protection de la nature, une mutuelle d'assurance, un Jardin de Cocagne, une AMAP, une fondation d'utilité publique appartiennent toutes à la même famille — celle de l'ESS — même si elles ont des statuts juridiques très différents.

🏛️ Les statuts historiques

Les associations

Les associations relèvent de la loi de 1901. Elles peuvent avoir une activité économique, employer des salariés, vendre des biens ou des services. La majorité des associations françaises (environ 1,3 million) sont de petites structures bénévoles, mais 165 000 emploient au moins un salarié. Le secteur associatif représente 1,8 million d'emplois (chiffre Recherches & Solidarités). C'est de loin le plus gros bloc de l'ESS.

On y trouve des structures très diverses : associations sportives, culturelles, de protection de l'environnement (FNE, LPO, Greenpeace France...), d'aide sociale (Restos du Cœur, Secours Populaire, Croix-Rouge), de jeunesse et d'éducation populaire (les MJC, les centres sociaux), d'insertion par l'activité économique. Beaucoup des fiches recensées sur ce site (voir initiatives citoyennes locales) sont portées par des associations.

Les coopératives

Les coopératives sont des entreprises commerciales (elles vendent des biens ou des services) dont les associés sont aussi les bénéficiaires : usagers, salariés, ou producteurs. Le principe « une personne, une voix » distingue radicalement la coopérative de la société classique (où le pouvoir est proportionnel au capital).

Plusieurs grandes familles de coopératives :

Les mutuelles

Les mutuelles sont des sociétés de personnes, sans capital, qui assurent ou couvrent leurs membres contre des risques. Les grandes mutuelles santé (MGEN, Harmonie Mutuelle, MAIF, Macif) sont des piliers de l'ESS. Elles emploient 130 000 personnes et couvrent des dizaines de millions d'adhérents.

Les fondations

Les fondations sont la mobilisation irréversible de biens, droits ou ressources en vue d'une œuvre d'intérêt général. Elles peuvent être reconnues d'utilité publique, abritées sous l'égide d'une autre fondation, ou d'entreprise. La Fondation de France, la Fondation Abbé Pierre, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme sont des exemples connus.

🌱 Les nouveaux acteurs : ESUS, entrepreneuriat social

La loi de 2014 a élargi l'ESS aux entreprises commerciales d'utilité sociale (ESUS). Ce sont des sociétés commerciales classiques (SARL, SAS) qui répondent à des critères stricts d'utilité sociale : poursuite d'un objectif d'utilité sociale prédominant, encadrement des écarts de salaires, modalités de gouvernance participatives.

L'agrément ESUS permet à ces entreprises d'accéder aux financements de l'ESS (épargne solidaire, soutien public). C'est par exemple le statut de nombreuses entreprises d'insertion par l'activité économique, ou de certaines fintech à impact comme La Nef.

📊 Les chiffres clés de l'ESS en France

IndicateurChiffreSource
Emplois ESS en France~2,5 millionsESS France
Part dans l'emploi privé total~14 %INSEE
Nombre d'établissements ESS~200 000INSEE
Part des femmes dans l'emploi ESS~67 %ESS France
Évolution emploi 2010-2020+11 %INSEE
Régions les plus dotéesBretagne, Pays de la Loire, Nouvelle-AquitaineCRESS

L'ESS est particulièrement présente dans certains secteurs : action sociale (75 % de l'emploi du secteur est en ESS), sport et loisirs (60 %), enseignement (20 %), santé (15 %). Elle est aussi très présente dans le secteur financier (banques mutualistes, mutuelles d'assurance).

🌳 Exemples concrets, par territoire

Sur le terrain, l'ESS prend des formes très variées. Quelques exemples emblématiques :

Les Jardins de Cocagne

Réseau national de chantiers d'insertion par le maraîchage biologique. 110 jardins en France, 4 000 salariés en insertion, 25 000 paniers livrés chaque semaine. Une AMAP solidaire en somme : les abonnés soutiennent la production et l'insertion professionnelle de personnes éloignées de l'emploi.

Enercoop

Coopérative d'intérêt collectif fournisseur d'électricité 100 % renouvelable. Créée en 2005, elle compte aujourd'hui plus de 110 000 sociétaires (clients particuliers, entreprises, collectivités). Le modèle coopératif permet d'investir dans les énergies renouvelables locales et de pratiquer une politique de prix transparente.

Les ressourceries Envie

Réseau de 50 ressourceries qui récupèrent et reconditionnent l'électroménager. Elles emploient 3 000 personnes en insertion. Le modèle économique combine réemploi (vente d'appareils reconditionnés à prix réduits), recyclage (valorisation des matières), et insertion professionnelle. Économie circulaire et solidaire en pratique. Voir aussi notre dossier écologie au quotidien.

Les SCOP industrielles

Quand une entreprise classique connaît des difficultés, ses salariés peuvent la reprendre sous forme de SCOP (Société Coopérative et Participative). Plusieurs reprises emblématiques : Fralib (devenu 1336), SeaFrance (MyFerryLink), Hélio Corbeil. Le modèle SCOP s'est aussi développé dans des secteurs innovants : agences web, conseil, médias.

Les monnaies locales complémentaires

Plus de 80 monnaies locales en circulation en France (2024) : la Doume (Puy-de-Dôme, voir Clermont-Ferrand), la Cairn (Grenoble, voir Isère), la Gentiane (Annecy, voir Haute-Savoie). Ces monnaies créent un circuit fermé d'échange entre acteurs locaux engagés, soutenant l'économie de proximité.

Les structures de l'insertion par l'activité économique

Ateliers et chantiers d'insertion, entreprises d'insertion, associations intermédiaires : un secteur de 4 000 structures qui emploie 250 000 personnes éloignées de l'emploi (chômeurs de longue durée, jeunes sans qualification, personnes en grande précarité). Voir aussi la fiche Grande-Synthe.

🌿 ESS et écologie : une convergence ancienne

L'ESS et l'écologie convergent depuis longtemps. C'est même l'un des constats marquants du dernier État de l'ESS publié par ESS France : la majorité des structures de l'ESS intègre désormais une dimension environnementale forte. Économie circulaire, alimentation locale, énergies renouvelables, mobilité douce, écoconstruction : ce sont des terrains où le modèle ESS apporte des solutions concrètes.

Plusieurs raisons à cette convergence. D'abord, le modèle de gouvernance démocratique permet d'arbitrer en faveur de la durabilité quand le court terme financier ne le permettrait pas. Ensuite, la lucrativité limitée libère la structure d'une pression à la croissance perpétuelle. Enfin, l'ancrage territorial favorise les circuits courts et la sobriété matérielle.

🤝 Comment s'engager dans l'ESS ?

Comme consommateur

Privilégier les produits et services issus de l'ESS quand on a le choix : épicerie coopérative, banque éthique (la Nef, le Crédit Coopératif), fournisseur d'électricité coopératif (Enercoop), mutuelle plutôt qu'assurance classique. Voir notre Q&R comment soutenir l'économie locale.

Comme épargnant

L'épargne solidaire (livrets, fonds, actions non cotées) finance les structures de l'ESS. Le label Finansol certifie les produits d'épargne solidaire. L'épargne solidaire représente environ 25 milliards d'euros en France (2023). On peut aussi sociétariser une SCIC ou une coopérative qu'on connaît.

Comme bénévole ou salarié

Les associations cherchent en permanence des bénévoles. Les structures de l'ESS recrutent aussi des salariés sur tous les métiers. Les sites jobs_that_makesense.fr ou l'annuaire ESS France recensent les opportunités. Voir notre guide initiatives citoyennes locales.

Comme entrepreneur

Créer une coopérative, une association employeuse, une entreprise sociale agréée ESUS, c'est possible et de plus en plus accompagné. Les chambres régionales de l'ESS (CRESS) et les réseaux nationaux (CGSCOP pour les coopératives, Mouves pour l'entrepreneuriat social) accompagnent.

📚 Ressources et sources

L'ESS n'est pas une alternative marginale : c'est un pan structurant de l'économie française, qui répond à des besoins sociaux et environnementaux que ni le marché classique ni l'État ne couvrent toujours bien. La connaître, c'est déjà commencer à l'élargir. 🌱

❓ Questions fréquentes

Une association peut-elle gagner de l'argent ?

Oui. Une association peut avoir une activité économique, vendre des biens ou des services, employer des salariés, dégager des excédents. La différence avec une entreprise classique : ces excédents doivent être réinvestis dans l'activité, pas distribués aux membres. Le statut associatif n'est donc pas synonyme de bénévolat ou de non-rentabilité, mais de non-lucrativité personnelle.

Quelle différence entre SCOP et SCIC ?

Dans une SCOP (Société Coopérative et Participative), les associés majoritaires sont les salariés. Dans une SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif), créée en 2001, plusieurs catégories de parties prenantes peuvent être associées : salariés, usagers, collectivités, partenaires. La SCIC est mieux adaptée aux projets d'intérêt collectif qui mobilisent un écosystème (filière alimentaire locale, énergie citoyenne, tiers-lieu).

L'ESS, c'est de l'économie « gentille » mais pas rentable ?

Faux. Les structures de l'ESS sont des entreprises, soumises aux mêmes contraintes économiques que les autres : équilibre des comptes, recettes/dépenses, gestion du personnel. La grande majorité sont durablement rentables. La différence n'est pas la rentabilité, mais la finalité : où va le bénéfice ? Dans l'ESS, il finance l'activité et l'utilité sociale, pas la rémunération du capital financier.

Est-ce qu'une grande entreprise peut être en ESS ?

Oui, à condition de respecter les principes. Plusieurs grandes structures françaises sont en ESS : Macif, MAIF, MGEN, Crédit Coopératif, Crédit Mutuel (banque coopérative), grandes coopératives agricoles (Limagrain, Sodiaal). L'ESS n'est pas synonyme de petite taille — c'est une question de gouvernance, de finalité et d'affectation des bénéfices.